Pourquoi le Japon ?
Retracer le chemin plutôt que chercher la réponse
Quand on me demande "Pourquoi le Japon ?", je pourrais donner de multiples raisons. La vérité, c'est que je ne cherche pas une raison précise, une explication logique qui justifierait ce choix de vie. Ce qui m'intéresse davantage, c'est de retracer toutes ces petites sources, ces influences qui, mises bout à bout, m'ont naturellement mené là où je suis aujourd'hui. Pourtant, durant ces 10-15 dernières années, j'en étais très loin. Beaucoup de personnes auraient d'ailleurs parié que je partirais vivre au Canada et, même si j'aime également ce pays, je n'y ai pas posé mes valises.
Car au final, les grands choix de vie ne naissent peut-être pas d'une décision rationnelle, mais d'un ensemble d'expériences, de passions enfouies, de souvenirs qui resurgissent et qui, ensemble, dessinent un chemin évident. Voici donc mon exploration personnelle de ces différentes sources.

Quand tout a commencé : le Club Dorothée
Il y a des souvenirs d'enfance qui nous marquent profondément, laissant une empreinte indélébile dans notre mémoire, même si nous n'en réalisons pas l'importance sur le moment. Pour moi, cette histoire commence avec le Club Dorothée. Etant de 1991, j'étais peut-être arrivé un peu tard pour vivre l'âge d'or de cette émission mythique, mais j'ai eu la chance d'avoir un grand frère et une grande soeur, bien plus âgés que moi, qui m'ont fait découvrir cet univers fascinant. Dragon Ball, Saint Seiya... ces noms sont finalement les premières notes d'une longue mélodie japonaise.
À l'époque, je ne réalisais pas que ces "dessins animés" venaient du Japon. Pour moi, ils faisaient simplement partie de mon quotidien, au même titre que les autres. Mon grand frère, passionné de jeux vidéo, a particulièrement contribué à enrichir cette influence en me faisant découvrir l'univers des consoles Sega. Je me souviens encore avec émotion de la Mega Drive, Saturn ou encore de la Dreamcast (cette console sous-estimée) et notamment d'un jeu m'ayant marqué : "Shenmue" : c'était lui, une de mes premières aventures où je pouvais incarner un personnage dans le monde japonais virtuel.

L'adolescence : une nouvelle ère de mangas
Après l'époque du Club Dorothée, une nouvelle vague de mangas est arrivée, marquant mon adolescence. C'est à ce moment que j'ai découvert Pokémon, Naruto, Bleach, Hunter x Hunter, GTO, etc. tout en ayant bien conscience finalement, que ce n'était pas un simple "dessin animé" comme les autres.
Je me souviens encore des soirées passées sur "Captain Naruto", à attendre impatiemment les traductions des derniers chapitres. Je dépendais entièrement de ces traductions pour suivre les aventures du manga avant même d'attendre la sortie en livre. Cette frustration de ne pas pouvoir lire directement en japonais avait d'ailleurs éveillé en moi un premier intérêt pour la langue.
D'ailleurs, à cette époque, j'avais entendu parler d'Ombrosa, une école qui proposait des cours de japonais. C'était la seule que mes parents avaient pu trouver, et l'idée d'apprendre cette langue fascinante m'attirait déjà. On avait commencé à se renseigner sur les inscriptions mais comme beaucoup de passions adolescentes, cet élan initial s'est rapidement essoufflé, et j'ai abandonné l'idée. Qui aurait pu prédire que, des années plus tard, cet intérêt pour le japonais resurgirait avec tant de force ?

Entre passion et adolescence
Cette période a donné lieu à quelques anecdotes mémorables. Ma première histoire d'amour ? Je l'avais rencontrée sur un forum Naruto role play, et elle habitait à Chartres ! Musicalement, j'étais complètement plongé dans la J-Pop : Ayumi Hamasaki, Tomohisa Yamashita... Comment je m'en souviens ? car tout récemment, les souvenirs sont revenus à la surface.
Au piano, je jouais déjà des mélodies de jeux vidéo japonais comme les thèmes de Final Fantasy ou de Mario (je les ai même joué durant des examens de piano!). Sans m'en rendre compte, le Japon s'infiltrait dans tous les aspects de ma vie.
Et puis il y a eu cette fameuse coupe de cheveux de ma première année de lycée. J'avais décidé de tenter la coupe de Sasuke ! Le résultat était... disons... discutable 😅. Mais personne ne me disait que c'était moche, même pas mes parents qui ne s'inquiétaient pas de me dire la vérité 😄. Heureusement, plus aucune photo ne subsiste de cette époque (enfin, j'espère!).
Je me souviens également d'un délire qui illustre bien cette période : j'avais dessiné San Goku sur 12 pages ! Sans vraiment réfléchir, je m'étais lancé dans ce projet. Le résultat était loin d'être parfait, mais ça m'avait bien fait rire. Je l'avais quand même affiché dans ma chambre, plus comme un trophée de mes délires d'ado que comme une oeuvre d'art.

La qualité de la photo de l'époque! Peut-être que vous arriverez a reconnaître quelques traits de San Goku ?
Ma chambre se transformait en un sanctuaire dédié à la culture japonaise entre posters et ma collection de mangas. Des dizaines et des dizaines de volumes. C'était mon petit bout de Japon dans ma chambre française.
L'éclipse : dix années dans l'ombre
Et puis, quelque chose s'est passé. Quand je suis entré dans une relation qui a duré dix ans, mon cerveau a fait comme un blackout. Toute cette passion pour le Japon, tous ces centres d'intérêt qui faisaient partie de moi, tout s'est éteint. Comme si cette partie de ma personnalité avait été mise en veille, rangée dans un coin obscur de ma mémoire.
Pendant une décennie, le Japon est devenu invisible dans ma vie. Plus de mangas, plus d'animés, plus de J-Pop. Cette culture qui m'avait tant marqué semblait avoir disparu de mon existence. C'est troublant de repenser à cette période où une partie si importante de qui j'étais est restée enfouie. Je ne le regrette pas pour autant car je ne m'en suis pas vraiment rendu compte.
La renaissance : quand tout remonte à la surface
Il y a trois ans, ma vie a pris un tournant inattendu. J'ai rencontré une personne qui allait me ramener dans cet univers japonais que j'avais oublié. Tout a recommencé par L'Attaque des Titans. Et petit à petit, comme des vagues qui déferlent, tous mes anciens souvenirs ont tenté de remonter à la surface.
C'était étrange et émouvant à la fois. Des images floues revenaient, des noms d'animés que j'avais adorés mais dont je n'arrivais plus à me souvenir. J'ai même dû retourner dans une librairie pour retrouver le nom d'un manga dont j'avais pourtant toute la collection : "Get Backers" ! (Si vous ne l'avez jamais lu, foncez, il est génial.)

La reconstruction des souvenirs
Cette période de redécouverte a été fascinante sur le plan psychologique. Je revoyais des images de Détective Conan en pensant que c'était juste un énième Inspecteur Gadget que j'avais regardé enfant (à cause de sa montre... bon c'est tiré par les cheveux mais c'est vraiment ce que j'ai pensé). Mais pas du tout ! Mes souvenirs se sont reconstruits petit à petit, comme un puzzle dont les pièces se remettaient en place.
Chaque redécouverte était une petite madeleine de Proust. Ces sensations, ces émotions, ces passions qui avaient façonné mon adolescence revenaient avec une force incroyable. Comme si mon cerveau me disait : "Tu te souviens maintenant ? Tout ça, c'était toi."
Une rencontre musicale
Dans ce processus de redécouverte, un événement particulier a joué un rôle catalyseur : ma rencontre avec Eric Artz lors d'un de ses concerts. Pour ceux qui ne le connaissent pas, Eric est un pianiste virtuose connu pour ses interprétations magistrales de musiques (classique, jeux vidéo, anime, etc.). Le voir jouer en live a été comme un électrochoc émotionnel.

Pendant son concert, chaque mélodie qu'il interprétait faisait ressurgir des souvenirs enfouis. Les thèmes de Naruto, Bleach, Ghibli, etc... Chaque note semblait réveiller une partie de mon passé. Ce n'était pas seulement de la musique que j'entendais, c'était toute mon adolescence qui remontait à la surface.
Cette rencontre avec Eric a été bien plus qu'un simple moment musical. À travers ses compositions et son amour évident pour la culture japonaise, il m'a inconsciemment montré qu'il était possible de créer des ponts entre nos passions d'adolescence et notre vie d'adulte. Son approche de la musique d'animé, qu'il traite avec le même respect que la musique classique, m'a aidé à comprendre que ces influences culturelles japonaises n'étaient pas juste une phase, mais une partie intégrante de qui je suis.
Grâce à lui, j'ai aussi redécouvert tout un pan de la culture japonaise que j'avais oublié. Sa passion contagieuse pour le Japon, sa musique et sa culture ont contribué à raviver ma propre flamme. C'était comme si toutes les pièces du puzzle commençaient à s'assembler : mes souvenirs d'enfance, ma redécouverte des mangas, et maintenant cette connexion musicale avec le Japon.
Une évidence qui s'impose
Aujourd'hui, je réalise que le Japon n'a jamais vraiment disparu de ma vie. Il était simplement en sommeil, attendant le bon moment pour refaire surface. Cette redécouverte m'a mené logiquement vers ce que je vis maintenant : mon installation au Japon, mon apprentissage intensif de la langue, ma volonté de m'intégrer dans cette culture qui m'a toujours fasciné.
Peut-être que le Japon a toujours été là, finalement. Peut-être que certaines passions, certaines affinités culturelles sont tellement profondes qu'elles résistent au temps et aux circonstances. Et peut-être que mon choix de m'installer au pays du Soleil Levant n'est pas tant un nouveau départ qu'un retour aux sources.
Une décision qui s'est imposée d'elle-même
Quand on me demande combien de temps j'ai réfléchi avant de prendre la décision de m'installer au Japon, ma réponse surprend souvent : "À peine quelques semaines." Ce n'était pas une décision mûrie pendant des années, pesée et analysée sous tous les angles. Non, c'était une évidence qui s'est imposée naturellement, comme si toutes ces années de passion enfouie avaient préparé le terrain sans que je m'en rende compte.
Cette spontanéité dans la prise de décision pourrait sembler irréfléchie, mais elle était en réalité le fruit de toutes ces années d'influence japonaise dans ma vie. Quand l'opportunité s'est présentée, il n'y avait pas besoin de longues délibérations. C'était comme si mon subconscient avait déjà fait tout le travail de réflexion pendant ces années où ma passion sommeillait.
Parfois, les meilleures décisions sont celles qui ne nécessitent pas d'interminables analyses. Elles viennent du coeur, de cette partie de nous qui sait déjà ce qui est juste. Et dans mon cas, cette décision rapide s'est avérée être l'une des plus naturelles et des plus justes que j'ai pu prendre.

Le cercle se referme
Aujourd'hui, quand je me promène dans les rues de Tokyo, je ne peux m'empêcher de penser à cet adolescent qui dessinait San Goku et rêvait d'apprendre le japonais. Ce garçon dont la passion est restée en sommeil pendant dix ans avant de se réveiller plus forte que jamais. Je réalise maintenant que toutes ces années de rêves et de passions, même enfouies, m'ont naturellement guidé vers ce pays qui me fascinait tant.
この道は正しいです。(Cette voie est la bonne.)
